Présentation
Jacques Grinberg
C’est précisément en 1962, au moment où la Nouvelle Figuration s’expose chez Mathias Fels que ce jeune Bulgare de 21 ans arrive en France, après 4 ans passés en Israël où il a suivi les cours des Beaux-Arts.
Il est naturellement séduit par les nouvelles idées qui s’insurgent contre les carcans de l’art figuratif traditionnel et les redites de l’art abstrait.
Jacques Grinberg réalise à Gand, en 1963, une importante exposition, suivie d’autres, à Bruxelles et à Paris, notamment chez André Schoeller et Cérès Franco.
Même si chaque toile de Jacques Grinberg provoque un véritable choc visuel, comme si le peintre parvenait à faire vivre une vision, dans sa brutalité et sa violence, on est saisi par sa virtuosité de dessinateur doublé d’un coloriste hors pair. Chacune de ses œuvres est un défi entre figuration et abstraction. De ses couleurs rythmées de traits acérés ou amples émerge le sujet : la tache éclate sur la toile avec virulence, pour se faire forme. C’est une naissance que le peintre donne à voir, avec une maestria et une spontanéité éblouissantes. Son inspiration parcourt le registre du quotidien ou explore les mythes, prétextes à l’explosion-implosion d’un être claquemuré dans son propre cri…
Biographie
Expositions personnelles
1963 Galery Kaleidoskop, Gand (Belgique)
1964 Galerie André Schoeller Jr., Paris
1965 Galerie André Schoeller Jr., Paris
1965 Greer Gallery, USA
1973 Musée Sint Pietersaldig, Gand (Belgique)
1984 Dvir Gallery, Tel Aviv (Israël)
1985 Dvir Gallery, Tel Aviv (Israël)
1987 Gallery 27, Tel Aviv (Israël)
1988 Galerie l’Oeil de Boeuf, Ceres Franco, Paris
1990 Galerie l’Oeil de Boeuf, Ceres Franco, Paris
1991 Galerie l’Oeil de Boeuf, Ceres Franco, Paris
1994 Galerie l’Oeil de Boeuf, Ceres Franco, Paris
Expositions de groupe
1961 Chemerinsky Art Gallery, Tel Aviv (Israël)
1963 Galleri 27, Oslo (Norvège)
- Galleria Privada, Madrid (Espagne)
- Librairie La Prouoe, Bruxelles (Belgique)
1964 Galeries Lahumière Levin, « Moralités », Paris
- Galerie Krugier, « Rencontres », Genève (Suisse)
- Galerie André Schoeller , « 28 Peintres d’Aujourd’hui », Paris
1966 Esperanto Gallery, New York (USA)
- Galerie Claude Bernard, « Portraits », Paris
- Musée de Lausanne, « Galeries Pilotes », (Suisse)
1967 Galerie Heide Hildebrand, Klagenfurt
1968 Moderna Galerija, Rijeka (Yougoslavie)
1969 Galeria Ivan Spence, Ibiza (Espagne)
1970 Galerie T. Haarlem (Hollande)
1973 Galerie de France, Paris
- Bibliothèque Nationale, Paris
1991 Galerie l’Oeil de Boeuf , Ceres Franco, « La Nouvelle Figuration », Paris
1992 Galerie l’Oeil de Boeuf , Ceres Franco, « Petits Formats », Paris
1993 « Lanormalita Dell’Arte », Milan (Italie)
1996 « Boomerang », Paris
1999 « Biz’art », Bures sur Yvette (France)
- « L’Art dels 70 », Musée d’Art Contemporain d’Ibiza
Salons
1964-1965 Salon de la Jeune Peinture
1964-1965 Salon de Mai
1964-1966 Salon des Grands et Jeunes d’Aujourd’hui
Libre propos
Né en 1941 à Sofia (Bulgarie)
Après des études aux Beaux-Arts à Tel Aviv (1957—1960), il débarque à Paris. L’effervescence artistique bat son plein : c’est le début de la nouvelle figuration où l’on retrouve : Pouget, Maryan, Christoforou, Arroyo, Segui… Sa peinture déjà très affirmée lui permet de s’intégrer sans difficulté à ce groupe d’artistes.
Dès 1964, la galerie André Schoeller (junior) le prend sous contrat. Après la fermeture de la galerie, il reste en retrait pendant quelques années, exposant de temps à autres en Belgique ou aux Etats-Unis. Dans les années quatre vingts, retour en Israël où il fera plusieurs expositions (84-85-87). De 1988 à 1994, il sera présenté par la galerie l’Œil de Bœuf.
Ils en parlent
Jacques Grinberg
Celui qui pose des questions
“Je suis un vieux peintre qui essaie de peindre. C’est tout. La seule chose qui m’intéresse, c’est peindre”. Calé dans un fauteuil homérique, une cigarette dans une main, une canette dans l’autre, Jacques Grinberg jette sur les toiles de sa prochaine exposition des regards émus mais exigeants, amoureux. Il y a là des dents, des griffes, des chocs et des chutes, mais aussi beaucoup de poésie ; un grand oiseau-lac, un petit oiseau à gorge-lune, des oiseaux-fleurs, beaucoup de chouettes, “j’adore la sagesse qu’elles représentent” et des renards. “Chez les Hébreux, le renard est l’animal qui pose les questions.” Et aussi un âne, portant un masque africain. Et encore des grappes de lilas et des tranches de pastèque.
“À chaque fois, dit-il, je donne un lieu formel à une idée.” À chaque fois, comme dans les portraits d’Arcimboldo, les formes imbriquées provoquent des visions, évoquent des métamorphoses, stimulent l’imagination.
Tous ces hommes-crabes, ces femmes-pieuvres, ces araignées piégeant des papillons sont traités d’une même manière : tout explose, jaillit, darde ses extrémités et gonfle ses membres. “Ça commence par une tache et puis il me faut des griffes, quelque chose de violent. Et ça devient Le chat sur un trapèze, ou Le sourire du vainqueur. Je ne me répète pas, c’est ça qui compte. Les gens qui se répètent n’ont pas d’esprit.”
Tout est cerné de traits fermes évoquant les lignes du fer forgé.
Tout claque, aussi, comme des drapeaux tant les tons adoptés sont francs. On songe au théâtre espagnol, au groupe Cobra et à ses épigones, n’en déplaise à Grinberg qui préfère se référer à Manet ou à la calligraphie orientale. “Mes couleurs sont éclatantes, pas lumineuses. La lumière s’y insinue, parfois de façon invisible et toujours de manière éparpillée.”
Déçu par le triomphe du confort bourgeois sur tout projet de bonheur collectif ou d’épanouissement individuel dans l’occident d’aujourd’hui, si Grinberg aime à ce point la peinture c’est qu’en incarnant sa colère et sa fantaisie elle constitue sa fugue à lui. Tout comme la littérature permettait au marquis de Sade auquel il se réfère volontiers de sublimer les enfermements et les incompréhensions. Peindre est pour Grinberg la seule manière de poursuivre une tentative d’évasion commencée à Sofia (1941), poursuivie à Tel-Aviv, puis à Paris (1962) et à Londres. “Je ne date pas mes tableaux, dit-il, parce que sur la bonne peinture le temps ne passe pas.”
Sur l’appel de la liberté, c’est la même chose.
Françoise Monnin, Paris décembre 2001.
Les propos de l’artiste ont été recueillis dans son atelier, à Malakoff (92) en décembre 2001.

