Présentation
En pleine possession de son art, à l’aise dans le très grand format comme dans le mini-tableau, Lydie Arickx semble taillée pour les combats de titans, les corps à corps où elle se jette dans toute sa démesure pour créer une écriture de la pulsion, vive, vivante, dans une sorte d’urgence, une fièvre salvatrice et jouissive.
Lydie Arickx en quelques dates
Née en 1954, elle présente ses premières œuvres en 1982, après avoir suivi les cours de l’école supérieure d’arts graphiques. Soutenue par la galerie de Dominique Polad-Hardouin, qui lui consacre des expositions monographiques dans et hors les murs, Lydie Arickx participe aux grands événements internationaux comme la foire de Bâle ou Art Paris. Les œuvres de Lydie Arickx figurent dans les grandes collections publiques internationales : musée national d’Art moderne de Paris, Centre Pompidou, musée de Tokyo… A la fois peintre et sculpteur, Lydie Arickx a réalisé des œuvres monumentales importantes : comme la fresque de 300 m2, pour la maternité de l’hôpital intercommunal de Créteil, en 1999 ou la sculpture La Genèse, fonte en bronze d’une fontaine de 4m x 3m, pour le Château Lagnet en 2000. Elle est Chevalier de l’Ordre National des Arts et Lettres.
Biographie
Principales expositions
1982
Galerie Jean Briance, Paris
1983
Galerie Amaury Taittinger, New York
1986
Musée d'Art Contemporain, Dunkerque
FIAC: Galerie Jean Briance, Paris
1989
Carré des Arts du Parc Floral de Vincennes, Paris
«Barcelona International Art Fair», Barcelone
1990
Foire de Bâle (Suisse) Galerie Christine Colmant (Bruxelles)
Foire de Bâle (Suisse) Galerie Oniris Barnoud (Dijon)
Galerie Lillebonne, Nancy
1998
Centre 2000, Arcachon
Château de Viaud, Lalande de Pomerol: fresque 25 m x 2,5 m
Couvent des Cordeliers, Paris: peintures, sculptures
Galerie Méduane: Laval
Pour le 800e anniversaire de la Jurade de Saint Emilion, exposition personnelle dans le cloître et, sur le thème de la crucifixion, dans l'Eglise Monolithe
2001
St'art 2001, Strasbourg
Chapelle des Carmes : Musée de Borda, Dax : "Tauromachie"
2003
Galerie idées d'artistes, Paris "Un genou en terre"
Musée Bonnat/Le Carré, Job, "Un genou en terre"
Basilique Saint Jean, Troye : "Les descentes de croix"
Plaza Conde de Rodezno, Peintures et sculptures : Pamplona, Espagne
MAC-ModernArtCenter-Fondation Rustin , Anvers : "Arickx-Nitkowski-Rustin"
2004
Chapelle Saint Jacques , Vendôme : "Mémoires du corps"
2005
Galerie idées d'artistes , "Etat de Grâce"
Art Paris : Carrousel du Louvre, Paris
Musée d’art Contemporain, Chauvigny Les Bains Douches : "La Nativité"
Collégiale de Chauvigny : "Paysages et Spiritualité"
Galerie Grand’Rue, Poitiers
2006
Galerie Meyer Le Bihan, Paris
Galerie idées d’artistes, Paris : "Il n’y a de repos pour personne"
2007
Galerie Polad-Hardouin : "Intranquille Amour"
Collections publiques :
Musée National d'Art Moderne, Paris
Musée de Dôle
Musée de Dunkerque
Fonds national d'art contemporain, La Défense
Musée de Carcassonne
Musée de Tokyo (Japon)
Centre Pompidou : accrochage organisé par Christian Boltanski des
collections du Cabinet d'arts graphiques, acquisitions 1977-98
Dernières commandes d'œuvres monumentales :
1993 Fresque 30 x 3,5 m pour le hall d'entrée de l' Hôpital Paul Brousse
(Prof. Henry Bismuth), Villejuif
1994 "Bacchanales" fresque 9 x 3 m pour les chais du Château Lagnet
(Hélène Levieux-Leclerc)
1995 Décoration du plafond des chais du Château Lagnet (Hélène Levieux-Leclerc)
1999 Réalisation d'une fresque de 300 m2, pour la Maternité de l'Hôpital Intercommunal
de Créteil (Prof. Bernard Paniel)
1999 "Alma mater", commande de l'IUFM de Mont de Marsan pour une sculpture
monumentale en béton poli de 5m de haut
1999 "L'homme qui marche", fonte en bronze d'une statue monumentale 3 m de haut
2000 "La Genèse", fonte en bronze d'une fontaine monumentale 4m x 3m, pour le Château Lagnet, (Hélène Levieux-Leclerc)
2003 "Le tronc commun", sculpture monumentale en béton de 7 m. de haut, pour les 50 ans de l'entreprise FP Bois à Mimizan
Lydie Arickx est Chevalier de l'Ordre National des Arts et des Lettres.
Libre propos
Ils en parlent
Lydie Arickx : « Tellement j’ai faim… »
“Tellement j’ai faim…” C’est ce besoin fondamental qu’exprime par ce cri Lydie Arickx, qui dévore la vie à pleines dents et délivre dans ses toiles et ses sculptures une énergie peu commune, une beauté presque brutale, un authentique message d’amour.
Depuis sa dernière exposition (en 2006, galerie idées d’artistes – Polad-Hardouin – et galerie Meyer Le Bihan), Lydie Arickx a pris une nouvelle dimension : “Je suis, avoue-t-elle, totalement embarquée par le flot de la peinture.”
Elle commente : “Auparavant, mon travail était lié au trait, enveloppé par la ligne.” Une forme de protection, de limite, de cadre. Dans ses nouveaux tableaux, Lydie Arickx travaille la matière avec une volupté contagieuse, dans un corps à corps qui lui fait envahir tout l’espace.
Un travail très physique : “J’emploie de grosses matières, lourdes, comme le bitume raffiné, spécialement fabriqué pour moi, qui m’est livré en pots de 25 kg !”
Lydie Arickx se laisse emporter : “Tout bouge”, dit-elle. Elle laisse aussi les couleurs venir, pour animer ses noirs intenses, transformant son écriture de la pulsion, la traversant de leurs rythmes.
C’est pour elle une nouvelle manière de dire. La maturité lui donne toutes les audaces. Elle affronte l’impossible, mêlant la laine de ses moutons au bitume, pour obtenir une matière inédite ! Le tableau se fait et se défait, dans un combat où l’artiste se donne totalement, mue par une volonté d’absolu total : “C’est une sorte d’apothéose de la matière”, dit-elle. “Quand je peins, cela vient du fond de moi-même. C’est un besoin compulsif – aussi fondamental que la faim – de créer, lié à la vie.”
Face à ses sculptures aussi, on éprouve ce même sentiment. Grâce à une excellente relation avec son fondeur, Gilbert Clementi, elle a pu réaliser des pièces extraordinairement présentes, dont quelques grandes comme “Genetrix” ou “Le Pas de la mort”. Elle a aussi changé de technique pour ces pièces uniques : “Travailler en cire directe m’a beaucoup apporté. Cela me donne beaucoup de spontanéité pour une grande liberté de geste, qui permet aussi d’ouvrir la voie à l’inconscient.”
Il est vrai qu’à 54 ans, Lydie Arickx a “l’âge du recul, celui où l’on ose toucher les choses du doigt, accepter ses fragilités comme ses forces.” On ne traverse pas la vie sans subir les épreuves et les souffrances qu’elles impliquent. Et c’est faire preuve de maturité que d’oser vivre encore et toujours.
C’est l’âge aussi où l’on accepte son histoire, ses racines. Lydie Arickx fait référence à ce grand peintre flamand que fut Constant Permeke (Anvers, 1886-Ostende, 1952), un expressionniste dont elle évoque volontiers le travail : “Il a peint les travailleurs des champs, avec leurs énormes mains, leurs muscles saillant jusqu’à l’extrême.”
Cette description trouvera bien sûr un écho auprès de ceux qui connaissent l’œuvre de Lydie Arickx : ces longs corps masculins, aux mains sans fin, aux muscles si élongués qu’ils semblent disséqués…
Dans cet “approfondissement”, mené en elle ces dernières années, avec notamment la lecture des livres d’Annie Ernaux, Lydie Arickx, a toujours eu, comme les expressionnistes belges, auxquels appartenait Constant Permeke, une forme de pudeur. Celle qui fait que ce que l’on ose exprimer appartient toujours à l’en-dedans. Elle ose donc maintenant, du dedans, aborder un thème universel et tellement muselé : la femme, son corps, tout son être intérieur et le désir qui l’anime.
Cette exploration, Lydie Arickx l’a entamée avec passion, aussi bien en peinture qu’en sculpture, où elle a trouvé une grande liberté d’expression : “L’une et l’autre sont maintenant liées complètement : avec la cire perdue, j’ai retrouvé une spontanéité extraordinaire en sculptant, tandis qu’en tant que peintre, j’ai pu assouvir cette envie de l’expression du volume qui m’habite toujours, pour parvenir à presque sculpter la toile.”
Commentant avec humour le titre qu’elle a souhaité donner à sa nouvelle exposition, “Tellement j’ai faim…”, Lydie Arickx dit dans un éclat de rire : “C’est un appétit sans fin ! C’est mon envie boulimique d’embrasser la vie.”
Molly Mine
« Etat de grâce » Faut-il que la vie passe les épreuves, que le corps choit, que la fatigue se transforme en exténuation pour que l'oeuvre se perpétue dans une énergie de surcroît ? Qu'elle se renouvelle contre ou adossée à la vie qui se dessine dans ses fractures et chaos ? On peut se poser la question face aux récentes peintures sur papier de Lydie Arickx dont la précédente exposition se nommait, titre qui n'était pas seulement symbolique, "Un genou en terre". Dans son atelier de Saint-Geours-en-Maremnes, des piles de dessins, jetés l'un sur l'autre, comme des peaux fragiles, pages amalgamées de pastels à l'huile à peine sèche, dessins sans rupture d'un journal graphique, et autobiographique, écrit sous l'impulsion et le désir drastique d'inscrire un ordre, une vérité lisible et une obligation de résister à l'oubli. Pulsion que Lydie Arickx traduit par des fragments de corps, des visages qui se rétractent, des dos osseux, des mains scellées en offrande. Louise Bourgeois a écrit à propos de Francis Bacon un texte éclairant sur la pulsion. "Il ne regardait pas les choses mais peignait à partir d'un désir. Peindre était un voyage intérieur, et donc sa relation au monde réel était à l'évidence déformée. Bacon peignait la poussée d'adrénaline dans le système nerveux que provoque le besoin obsessionnel de s'exprimer." De même, Lydie Arickx s'attache à dénier la forme inscrite de son contexte temporel, mais, peinture après peinture, distille pourtant des chronologies précises à l'image de ces corps offerts dans la chute, dans l'effort, dans la tension ou dans l'abandon.
Cette chorégraphie oblitérant l'anatomie, elle fixe une écriture de dessins, à partir d'un élan, partant de la chose vue pour s'en extraire follement, fulgurations de traits feux follets qui formulent, davantage qu'ils n'enserrent, une étrange macération de la matière, terre ou chair l'on ne sait plus, faite de marbrures, de rétentions de pigments, de craquelures, de coulées aqueuses ou de trous crevassant le papier.
Que l'on observe les visages réalisés sur ces fonds bruns, portraits sur rares papiers tibétains, pris en contre-plongée, narines offertes comme un animal traqué, bouche ouverte à la manière du « Cri » de Munch, et l'on retrouvera cet usage particulier des strates et de la sédimentation de la couleur pour dépeindre une ancestrale humanité, sans âge, mais pas sans douleur. Car ces corps imaginés "se retournant pour se révéler" ou ces visages qui auraient pu se nommer, "Ces têtes sur lesquelles nous marchons", selon l'aveu de Lydie Arickx, évoquent le sens d'un appui, d'un héritage et d'une agrégation des âges et des générations humaines par laquelle nous vivons à notre tour. De même encore, ces petites têtes de porcelaine blanche, obtenue par la technique du biscuit, forment-elles, réunies comme un bouquet de lys, une sorte de précieuse frise de visages différents et communs. Visages d'aube dont l'union singulière semble prendre force dans la manière de fixer un espace lointain, invisible et pourtant parfaitement tangible. Ainsi, cet « état de grâce », dont il est question tout au long de cette exposition, signe, ici et maintenant, une création vitale, une attention portée sur l'expérience de la disparition, comme en témoignent les douloureux carnets, réunis sous le titre de "Écume de mère" (à paraître), pages de notes et de dessins détaillant, même dans ses plus abrupts aspects, la chronique de l'hospitalisation et de l'agonie récente de la mère de l'artiste.
Ce sont parmi les beaux dessins qui existent sur la souffrance, le retrait du souffle, le corps qui se rétracte, le visage qui se défait. En écho, les nouvelles œuvres offrent des corps qui se déploient, des regards qui s'ouvrent et envisagent partout un face à face serein. Apaisé. La mort est un humus, le deuil une condition.
Laurent Boudier, Janvier 2005
Sans titre - Ref : 1116 
2008, Huile sur papier, 118 x 42 cm.
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