Présentation
Depuis 2002, au fil des ans, la personnalité de cet artiste prolifique s’affirme et mûrit. Ce dont témoigne l’évolution de son travail, entièrement centré sur l’expression de sa perception de l’humanité. Dans son langage pictural métaphysique, il explore avec intensité cette “nuit des corps” d’où surgit une vérité : sa peinture. A seulement 36 ans, ce jeune peintre autodidacte a su créer un univers très personnel, loin des canons traditionnels de la beauté.
Sabhan Adam en quelques dates
Né le 19 janvier 1972 à Hassakeh, Syrie. Il commence à peindre en autodidacte à l’âge de 17 ans, s’intéresse à la philosophie, à la poésie, à la sociologie, et publie ses œuvres ainsi que ses poèmes dans la presse.
Depuis 2003, Dominique Polad-Hardouin l’a invité à des expositions collectives dans sa galerie idées d’artistes, a organisé pour lui plusieurs expositions monographiques dans et hors les murs. Il expose également à la Cavin Morris Gallery de New York et figure maintenant parmi les artistes phares du Proche-Orient.
La galerie polad-hardouin a présenté une exposition rétrospective à l’occasion de la sortie de sa nouvelle monographie (215 pages, 130 illustrations couleurs), du 24 janvier au 8 mars 2008.
A 36 ans, Sabhan Adam a accompli un chemin considérable, sans rien perdre de sa férocité. Il se révèle un grand explorateur de l’âme humaine.
Sabhan Adam vit en Syrie. Il est exposé dans tout le Proche-Orient, en Europe, aux Etats-Unis.
Biographie
Né le 19 janvier 1972 à Hassakeh, Syrie
Il commence à peindre en autodidacte à l’age de 17 ans; il s’intéresse à la philosophie, la poésie, la sociologie, et publie ses œuvres ainsi que ses poèmes dans la presse.
De juin à décembre 1999 : réside à la Cité Internationale des Arts à Paris, France
1994
Institut Goethe, Damas, Syrie
1995
Centre Cervantès, Damas, Syrie
Centre culturel français, Damas, Syrie
Galerie Agial, Beyrouth, Liban
1996
Centre culturel français, Damas, Syrie
1998
Hôtel Cham-Palace, Alep, Syrie
Galerie Bruno Frey, Arnay-le-Duc, France
1999
Espace de Lille, Nice, France
Galerie Cité Internationale des Arts, Paris, France
Galerie Transversale, Paris, France
2000
Galerie Orient, Amman, Jordanie
2001
Centre culturel français, Damas, Syrie
2002
Galerie Agial, Beyrouth, Liban
Galerie Zara, Amman, Jordanie
Centre culturel français, Damas, Syrie
Atrium du Faubourg, Tripoli, Liban
Espace Commines, Paris, France
Musée national de Jordanie
2003
« La comédie humaine », Galerie idées d’artistes, Paris, France
« One man show », médiathèque François Mitterrand, Les Ulis, France
Centre Culturel Français, Damas, Syrie
2004
Espace SD, Beyrouth, Liban
Galerie Zara, Amman, Jordanie
Galerie Daniel Duchoze, Rouen, France
Galerie Art Tunis, Tunis, Tunisie
Galerie Lillebonne, Nancy, France
Galerie Off-Ample, Barcelone, Espagne
Phyllis Kind Gallery, New York, Etats-Unis
2005
Centre culturel André Malraux, Le Kremlin-Bicêtre, France
« Entre noir & or » - Galerie idées d’artistes, Paris, France
« Dessins » chez Rouer, Bernard, Bretout et Yearlings Corporate Finance, Paris, France.
« Grands formats » - Chocolaterie du Kremlin-Bicêtre, France
Cavin Morris Gallery, New York, USA
2006
Galerie Fallet, Genève, Suisse
Cavin Morris Gallery, New York
Galerie Mathias Beck, Hambourg, Allemagne
Home’Art, Perros-Guirec, France
Chapelle Sainte-Anne, Tours
Art Space, Dubaï
Galerie Karim Françis, Le Caire, Egypte
2007
Galerie Oms, Perpignan, France
XVA Gallery, Dubaï
« Dans la nuit du temps » - Collégiale Saint-Pierre-la Cour, musée des Beaux-arts du Mans
Galerie idées d’artistes, Paris
Galerie Meyer-le Bihan, Paris
Espace culturel André-Malraux, le Kremlin-Bicêtre, France
Foresight Art Center Lama Hourani, Amman, Jordanie
Art House, Damas, Syrie
2008
Centre CCF Damas, Syrie
« Mendiant ou roi ? » - Galerie Polad-Hardouin, Paris
Art Space, Dubaï
2003
Salon d’Angers, galerie idées d’artistes, France
2004
« Désirs Bruts », Ville des Ulis, France
« Outsider Art Fair », Phyllis Kind Gallery, New York, Etats-Unis
Festival Art&Déchirure, Rouen, France
Art Paris, galerie idées d’artistes, France
2005
Invité d’honneur au festival « A3 », place Saint Sulpice, Paris, France
Invité au Salon de Mai, Paris
2006
Salon de Lyon, France
Salon Comparaisons, Paris
2007
Salon du dessin contemporain, Paris, galerie Polad-Hardouin
2008
Salon du dessin d’art contemporain, Paris, galerie Polad-Hardouin
2004
Catalogue Galerie Daniel Duchoze, Rouen, France
Catalogue Galerie Off-Ample, Barcelone, Espagne
2005
Editions Fragments (ouvrage bilingue), préface du poète Adonis
2006
Portfolio avec dessins originaux marouflés
2007
Sabhan Adam, The Museum Collection, galerie Ayyam, Damas, Syrie
2008
Monographie (215 pages, 130 illustrations)
2007
Achat par le CNAP, Ministère de la Culture, France
Libre propos
La troisième interview accordée par l'artiste à Diala Gemayel.
11 août 2007. Troisième rencontre avec Sabhan Adam. Encore une fois, il arrive tout droit de Hassakeh, après huit heures de voiture. Et encore une fois, il est légèrement en avance. J’ai choisi que notre rencontre se fasse hors de Beyrouth, dans un petit restaurant face à la mer. Il a accepté, le principal pour lui est ailleurs.
Onze heures. Après les politesses d’usage – nous sommes tous les deux adeptes du service minimum, craignant les longueurs interminables de ce genre d’exercice de nos pays –, Sabhan Adam allume la deuxième des quinze ou dix-huit cigarettes qu’il sortira de la poche de sa chemise pendant nos deux heures d’entretien.
Le peintre de Hassakeh est toujours aussi révolté et méticuleusement organisé. La rencontre a un thème clair: “Je suis le seul à savoir qui je suis. Le monde culturel m’a mis beaucoup de bâtons dans les roues quand j’ai voulu faire un livre sur ma peinture. Alors je veux que notre conversation, ici et maintenant, serve de texte à mon livre. Pas d’analyse, pas de critique, je m’en moque. Ma parole, maintenant, c’est la bonne”.
Sabhan Adam prend son temps pour parler, en tirant longuement sur sa cigarette. Les premières phrases me sont quasiment dictées: “Je m’appelle Sabhan Adam, je viens de Hassakeh, à la frontière de l’Irak et de la Turquie, et j’aime mon prochain.”
“Je garde des souvenirs obscurs de mon enfance; cette période de ma vie me ressemble. Pendant les cinq premières années de ma vie, ça a été bizarre. Pour comprendre le langage, le rapprochement entre les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, il faut se creuser la tête. De mon enfance, dominent le noir et la nuit.” “J’ai vu des soldats en 1973, je me souviens très bien d’eux, ceux de la guerre entre l’Irak et la Syrie. Nous avons parlé et cet échange a été difficile.”
En avançant dans le temps, jusqu’à ses quinze ans en fait, il évoque à plusieurs reprises le sujet de la Femme. “Je me souviens de mes grandes sœurs, de la froideur des femmes, je m’en souviens jusqu’à maintenant. Je me souviens de Wardani, chrétienne mariée à un musulman et qui était médecin. Elle teignait ses cheveux en rouge à partir d’un mélange à base de thym. J’ai mangé cette teinture mélangée à du sable. Mon estomac m’a brûlé pendant longtemps. Je me suis beaucoup intéressé aux femmes, mais depuis, cet intérêt a diminué. J’ai du mal à les comprendre.”
Sur une note plus légère, il continue d’égrener ses images mentales: “Je me souviens de la maison de mes parents, et j’ai cette image d’une fourmi qui soulève de la terre douce. Je regardais des dessins animés, je jouais aux dés. Un enfant sait s’amuser avec son esprit.”
Il s’arrête un instant pour regarder la mer et me dit: “Vers huit-neuf ans, j’ai dû aller à l’école, je suivais les autres. Je voulais être éboueur : pourquoi apprendre ? J’ai compris l’importance que la langue arabe avait pour moi: rien d’autre n’était important. Ça a été le début de ma compréhension du monde.”
“Entre dix et quinze ans, rien de particulier dont je me souvienne ne s’est passé. J’ai eu une belle enfance, sans paroles dures. Je pensais le contraire de chaque chose. Le désordre, la construction m’intéressaient ; je n’avais pas les pensées des enfants de mon âge.”
Sans frontières
“A seize ans, j’ai rencontré le journaliste Abdel Barco: j’ai aimé son métier. Des poètes des années 70 comme Ounsi el-Hage ou Paul Chaoul m’ont fait sentir des choses très belles. Mais à chaque fois que j’ai écrit quelque chose, on me disait que ça avait été déjà écrit ; alors j’ai laissé tomber la poésie. J’ai voulu essayer le cinéma, le théâtre, la politique: en faisant ça, je me moquais des gens qui croyaient que j’en ferais mon métier. J’ai su que derrière toute belle chose, il y a le mal: cette pensée m’a réjoui et fait peur en même temps. Je ne pense pas comme tout le monde.”
“Alors j’ai essayé le dessin et j’ai aimé. J’ai commencé par essayer le bleu, le rouge, n’importe quoi, sur les cartons qui tenaient les chemises que vendaient mes parents. La peinture ne séchait pas.” Il confie alors cette pensée étonnante: “Je n’aurais jamais dû quitter la poésie”, avant d’ajouter: “Je n’ai pas apprécié l’environnement de l’écriture et du journalisme ». Une pointe d’amertume pour celui qui n’a cessé de me dire depuis notre première rencontre : « Si j’avais su que peindre était aussi difficile, je n’aurais jamais commencé ?” Je lui rends la parole, comme convenu.
“Dix-sept ans, ma première exposition au Centre culturel de Hassakeh. Ma langue rude a fait peur aux organisateurs, j’en ai profité pour changer mon nom, Sabhan Hussein Mohamed, en Sabhan Adam. Dès que je le pouvais, je changeais mes peintures de place. Je me souviens du lien fort que j’ai développé avec mon public. Je me souviens aussi avoir trouvé un billet de cent livres syriennes en me rendant au Centre.”
“Et puis j’ai constaté ma force et mon énergie, je me suis dit: « Tu n’es pas obligé d’être comme les autres ou d’être comme tu te vois dans la glace ». Pour moi, il n’y a pas de frontières. J’admire Zorba, un danseur, un tailleur, un footballeur, ils ne savent pas pourquoi ils font ce qu’ils font et moi, j’aime ça.”
“Je me souviens aussi avoir fait le portrait d’un militaire de l’armée syrienne, et ça, c’est un souvenir étrange. J’ai eu des années très difficiles, je travaille très lentement. Je m’isole chez moi et je travaille tout le temps. Parfois, quand je suis très fatigué, vers minuit, je me demande si tout ça m’arrive bien à moi. Et je peux être un autre d’une nuit au lendemain. Ce qui doit arriver arrivera. Il n’y a que moi et mon travail.”
Il jette un coup d’oeil au panorama et me dit: “La vue de la mer et de l’oiseau ne sont pas pour moi. Je suis le fils du labeur. Et les histoires difficiles sont belles. Je ne sais pas parler de la douleur. Le réel est vide et je le regarde d’en haut: et je vois que je suis un homme vivant dans un état arabe, c’est tout. L’histoire humaine est sans importance. Les enfants grandissent et le destin les emporte vers leurs vies respectives: voilà encore quelque chose d’étrange.”
Il revient alors vers son travail: “Je n’aime pas les explications. Comment expliquer la peinture? C’est plus que de la toile et de la couleur, comme la musique. Ce que je fais n’est lié à aucune théorie, aucune idéologie. Il se situe entre la sensation et l’esprit. Ce qui importe, c’est ce que je vois et ce que j’en rends dans mon travail. Et la seule chose qui l’habite, c’est ce que je devine du temps. Têtus, obstinés, à contrecœur : voilà ce que nous sommes, ma peinture et moi. Mon travail, c’est un âne que j’ai dressé à marcher sur le chemin.”
Sabhan Adam, conscient de l’importance de ce qu’il me dit et que je note, se compare à ses semblables: “Tout le monde s’interroge sur le pourquoi et jamais sur l’être. Dieu est à l’origine de tout et moi, je Le suis ! J’aime profondément l’être humain, dans ses vies les plus petites. Je fais partie de ceux qui sont devenus fous, comme Van Gogh. Ma vie ressemble à un film des années 1910; la fin est incompréhensible.”
Peintre ou balayeur, et alors ?
Nous recevons enfin un thé et un Nescafé; il reprend le cours de ses pensées: “J’ai du mal à comprendre les gens. J’aime la compagnie de Dieu: je pourrais prendre un café avec Lui ! Je parle de l’intérieur, ce qui n’intéresse pas une majeure partie des gens. Ou tu donnes complètement, ou tu ne donnes pas. Moi, j’embrasse l’espace et le temps en un seul mouvement.” Un nouveau silence, un nouveau virage: “Mon discours, c’est comme le vent. Je m’étonne que les gens parlent de moi, écrivent à mon sujet; ce que je suis, c’est autre chose. Je déteste le lien social, les vernissages. J’aime les choses incompréhensibles, j’aime être le prophète et l’éboueur.”
“L’humanité, c’est comme la faim ou le sommeil et c’est tout. Mendiants ou rois, c’est la même chose, et c’est comme ça qu’ils sont dans mes toiles. La joie, ce n’est pas mon sujet. La peine, les gens limités, diminués, c’est ça mon monde. Les choses autour de moi changent, pas moi. Les gens parlent sans connexion avec leur esprit : que Dieu leur détruise leur maison !” Il regarde passer un nettoyeur de plage, le visage en partie dépigmenté et le salue à voix basse avec un sourire et il me dit: “Tu vois cet homme ? Il pourrait être dans un de mes tableaux !”
Il resserre ses paroles autour du livre qu’il désire tant: “Ce que vont penser les autres après avoir lu le texte m’est égal. C’est ma parole, dans dix ans, je ne changerai rien et ce sera probablement ma dernière interview. Je veux que ce livre soit ma parole, ma vérité, avec mes oeuvres. S’il m’arrive quelque chose, je sais qu’il y a ma parole et ma peinture. Si quelqu’un veut savoir comment j’ai vécu, comment j’ai peint, il ouvrira ce livre.”
“Je n’ai que mon travail. La plupart des gens sont assis sur des chaises, parlent dans le vent et ne comprennent pas ce que je vis, le sang qui coule de mes yeux. Seuls mes parents m’ont vu dessiner.” Un autre silence puis: “Au milieu du vertige de mon esprit, une route se dessine et avance.” Il hésite à se lancer et me dit: “Si je ne peignais pas, je ne serais rien. Je ne veux pas entendre le bruit de la mer comme il doit être entendu. Parfois, j’aimerais brûler mon travail. La seule chose qui compte, c’est le Présent et rien d’autre. Peintre ou balayeur, et alors?”
Sabhan Adam se tait. Nous déjeunons d’un peu de poisson et de rares paroles. Avant de partir, il me dit qu’il aurait aimé qu’on nous ait pris en photo, “pour témoigner dans le livre du moment présent”. La voiture l’attend. Hassakeh aussi.
Extrait de la nouvelle monographie de Sabhan Adam (215 pages, 130 illustrations), disponible à la galerie.
Ils en parlent
Sabhan Adam ou les grincements de la nuit
Par Christian Noorbergen
Les créatures de Sabhan Adam grincent des dents, du cou, et de l’âme. On leur a scié les nerfs. Irrécupérables, elles sont, car elles surgissent des trous opaques de la culture. Arrachées au néant, elles se moqueront du beau jusqu’à la fin des temps, et les taches aveugles du mental profond, secrètes et niées, ont pris corps. Des traces d’humanité naissent d’une masse inouïe engluée d’un noir d’abîme et de souillure, et ces traces ont bien du mal à exister, et font bien du mal à l’existence. Elles se dilatent et se diluent, ne se plaignent pas, et cela donne des excroissances vitales, des semblances d’être à la terrifiante et implacable présence. Démonstrations métamorphiques d’une altérité cruelle et grimaçante. Proximité fascinante de l’horreur, à portée de regard, et de ses infinies douceurs.
Le dedans du corps est noir. L’œil est noir. Et même l’horizon … Hors du noir, Narcisse n’a plus rien à voir, Adam lui a tordu la peau, et fracassé tous les miroirs. On ne voit plus que nos frères cachés de l’en deçà. Obscurs sous-êtres narquois et durs, aux aguets. On les dirait nés du cocon massif d’un monstre femelle accouchant à côté de la vie, quand l’animalité enfin libérée féconde l’humanité, et ils ruinent les dessous de nos bienséances, et saccagent à cru nos apparences.
Il y vient fort et vite, Sabhan Adam, des grottes sombres du chaos d’origine, avant que les faibles clartés du jour ne fabriquent trop vite un humain mal fait comme il faut, poli, policé, et trop bien ordonné. Adam ne cesse de remettre du désordre là où il faut, c’est-à-dire partout où il y a des faux-semblants.
Ses matériaux sont rudes comme le vent du désert. Ses couleurs rares parlent le langage nu de la terre. Son dessin est comme un frisson brutal, un parcours à vif, convulsif, et labyrinthique.
Il est absolument seul, mais il crée cependant des visages qui regardent avec obstination le faciès étrange du spectateur. Si son art est poignant et prenant, s’il nous saisit à la gorge, s’il ignore les faiblesses et les fatigues du jour, c’est qu’Adam, sans paix et sans fin, naît de la nuit.
Sans titre - Ref : 94 
2006, Technique mixte sur toile, 157 x 185 cm.
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