Histoires d'elles,
du 18/06/2009 au 18/07/2009, Paris
Parallèlement à l'exposition "elles" au centre Pompidou, la galerie polad-hardouin présente du 11 juin au18 juillet les travaux de huit artistes femmes: Lydie Arickx, Vanessa Fanuele, Louise Giamari, Julie Lorinet, Emmanuelle Renard, Sylvia K. Reyftmann, Sophie Rocco, Christine Sefolosha.
Intitulée "Histoire d'elles" l'exposition montre comment ces artistes développent dans leur œuvre des univers singuliers, féminins et intimes.
Les peintures de Christine Sefolosha renvoient à l'univers irrationnel et troublant des contes enfantins peuplés d'animaux inquiétants. Les sculptures de Louise Giamari sont traversées par la question du corps auquel elle fait subir déformations, altération et transformations qui invitent à penser la modification corporelle. On retrouve la même déconstruction de la représentation du corps dans les figures archaïques de Lydie Arickx sédimentées dans la couleur. Les visages fantômes de Sophie Rocco qui émergent de la couleur renvoient à l'expérience intime de la vulnérabilité. Dans les toiles d'Emmanuelle Renard l'imaginaire, l'onirique et le réel se mélangent pour donner forme à des visions à la fois poétiques et tragiques du quotidien.. Les corps dans la peinture de Vanessa Fanuele sont des silhouettes fragiles qui se dissolvent dans la transparence et la fluidité des couleurs. Les figures s’apparentent à des signes qui évoquent la mort, la chute ou la disparition. L’aquarelle permet à Julie Lorinet d’entraîner les formes dans des directions multiples et imprévisibles dans un jeu d’analogie qui fait surgir un univers fantasmatique.
Histoire d'elles: Huit artistes qui traduisent leur expérience du monde en plaçant délibérément leur art sur le terrain de l'intime.
Lydie A r i c k x
Louise G i a m a r i
Emmanuelle R e n a r d
Sophie R o c c o
Christine S e f o l o s h a
Sylvia K. R e y f t m a n n
Vanessa F a n u e l e
Julie L o r i n e t
Petrus De Man- Jadis les arbres étaient des gens comme nous,
du 11/06/2009 au 18/07/2009, Paris
«Before, the trees were people like us»
Monumental, rude, saccadé, le trait nomme la maison : îlot de l’aliénation. Un bonhomme habite le polyèdre de guingois, sommaire, divisé en cases, ou le tient à bout de bras sans trop savoir qu’en faire. Qui contient l’autre ? Trop grand dans son costume étriqué, son <cadre de vie>, notre bonhomme se plie en quatre, subit la pression des murs, les déborde en les proclamant siens. Tout dans cet univers singulier, homme enfant, maison cage, arbres, fleurs et soleil solidifiés, partage la même géométrie imparfaite, béante, aux coins cassés. Infantile, douloureuse, dérisoire, la figuration selon Petrus De Man oscille depuis le début entre la mise à mal de l’idole cycladique, le modernisme de Permeke et l’abstraction construite de plasticiens flamands, Luc Claus et Dan Van Severen. Mais chez lui, c’est clair, les dieux sont tombés sur la tête. Et si le plasticien gagne progressivement d’autres rives plastiques, plus monumentales, c’est toujours la liberté et la dérision qu’il joue contre la rigidité et toutes les formes d’enfermement.
On est bien moins qu’hier dans le flou du rêve, le tremblé du repentir, le déni du machisme, la complainte de chambrée. Le sanglot long de l’homme nu, couché ou debout, de face ou de dos, souvent dupliqué, traînant un comparse ou marmot réticent, a fait long feu. Mimant de façon plus franche la géométrie des premiers âges, Petrus a troqué l’obsession des fratries et du huis clos contre une forme d’expression moins sentimentale. L’horizon s’élargit, des paysages naissent, fleur, soleil, arbres, autant de vocables alignés en équation fruste et baroque. La problématique paraît s’éclaircir. Il y a ceci, cela, et lui, Petrus, au milieu. L’art est là pour nommer, non pour résoudre. Efflorescence de formes carrées et cylindriques, les arbres aux troncs gonflés comme des potiches tendent leurs bras de fonte. Le trait est brutal, puissant, comme si le dessinateur avait d’abord forgé l’acier, intériorisé la leçon des lignes dures nées du choc de la matière et des éléments. Du métal, pourtant, Petrus ne connaît que la plaque s’offrant à la gravure, la pointe rudimentaire et batailleuse, le dessin qui en résulte, fusain, pastel imprégnés de la colère et de l’angoisse. Un dessin abrupt, brisé et pourtant énergique dont il faut à tout prix, Petrus l’a toujours su, préserver la charge vécue.
Danièle Gillemon, critique d’art et journaliste au Soir.