Lydie A r i c k x : tellement j’ai faim…
Dans ses nouveaux tableaux, Lydie Arickx travaille la matière avec une volupté contagieuse, dans un corps à corps qui lui fait envahir tout l’espace : “J’emploie de grosses matières, lourdes, comme le bitume raffiné, spécialement fabriqué pour moi, qui m’est livré en pots de 25 kg !”
Elle laisse aussi les couleurs venir, pour animer ses noirs intenses, transformant son écriture de la pulsion, la traversant de leurs rythmes.
Elle affronte l’impossible, mêlant la laine de ses moutons au bitume, pour obtenir une matière inédite ! “C’est une sorte d’apothéose de la matière”, dit-elle. “Quand je peins, cela vient du fond de moi-même. C’est un besoin compulsif – aussi fondamental que la faim – de créer, lié à la vie.”
Face à ses sculptures aussi, on éprouve ce même sentiment. Grâce à une excellente relation avec son fondeur, Gilbert Clementi, elle a pu réaliser des pièces extraordinairement présentes, dont quelques grandes comme “Genetrix” ou “Le Pas de la mort”. Elle a aussi changé de technique pour ces pièces uniques : “Travailler en cire directe m’a beaucoup apporté. Cela me donne beaucoup de spontanéité pour une grande liberté de geste, qui permet aussi d’ouvrir la voie à l’inconscient.” Exposition du 5 juin au 28 juillet.
Hors les murs
Gérard A l a r y : les trois vies de ma mère
Installation à la chapelle de la Pitié-Salpétrière
Depuis plusieurs années, dans son atelier, Gérard Alary a accompli un travail bouleversant, en présence de sa mère, qui souffre de la maladie d’Alzheimer.
Cette maladie fait que chaque geste est oubli, mais suppose aussi, à chaque fois, la découverte, le plaisir, la surprise, la peur… avant le silence… avant que l’oubli ne revienne à nouveau tout brouiller.
À chaque instant, c’est une humanité qui se fait, se défait et se refait sans cesse. A chaque instant, c’est la perte de l’Autre, de Soi, qui se joue.
Dans sa peinture, entre noirs et gris, Gérard Alary explore ces frontières entre figure et défigure, prenant la mesure de ce qu’est l’absence. C’est être ET ne pas être. C’est là que, transgressant nombre de tabous, Gérard Alary situe l’acte de création.
Dans ce partage, au-delà de la mémoire et de l’oubli, il est rejoint dans son projet pictural par d’autres artistes, pour composer une installation proprement bouleversante.
La mère de Gérard Alary avait jusqu’à présent vécu deux vies : celle d’avant la maladie et celle de la maladie. Aujourd’hui, dans son atelier d’Ivry-sur-Seine, son fils lui en offre une troisième, celle où elle devient source d’inspiration et de création. Du 5 juin au 24 août, dans la chapelle de la Pitié-Salpétrière, une installation des toiles monumentales de Gérard Alary, des vidéos de Hakeem B et des photographies de Nicolas Rostagni, dans un environnement sonore de Laurent Garnier, recrée un univers où la perception vacille, dans une mise en abyme saisissante.
Exposition sous le parrainage du ministère de la Culture et de la Communication et de la Ville de Paris. Commissaire de l’exposition : Michel Enrici.